Chaux

(Agriculture). 1° On se sert de la chaux pour chauler les terres argileuses qui ne contiennent presque pas de principes calcaires, et pour chauler les grains, principalement le froment, avant de les confier au sol comme semences. — On ne fabrique pas la chaux partout, mais presque partout on la trouve dans le commerce, et comme le chaulage des grains n’en demande que des quantités minimes (de 12 à 15 kilos, soit de 13 à 17 litres pour dix hectolitres de semence), il y a toujours nécessité indispensable, quel qu’en soit le prix, de l’acheter pour préserver de la carie la récolte future. (Voy. Chaulage). Il n’en est pas de même du chaulage des terres où la chaux ne peut être employée qu’à très haute dose. La marne peut, il est vrai, suppléer la chaux (Voy. Marne) ; mais à défaut de ces deux substances, pour peu que l’on ait à proximité de la pierre ou des galets calcaires, de la craie, des débris de marbre ou d’albâtre calcaire, de grands dépôts de coquillages, etc., on peut facilement les convertir en chaux : il suffit de chasser, à l’aide d’une haute température, l’acide carbonique dont la combinaison avec la chaux, dans la pierre calcaire, constitue le carbonate de chaux. Cette agrégation une fois détruite par le feu, il ne reste plus, après la cuisson, que de la chaux vive. Pour la calcination de ces divers matériaux, on peut établir un four à chaux temporaire : la chaux que l’on en obtient, si elle n’est pas parfaite, est toujours suffisante pour produire tout son effet utile comme amendement. Ce four se compose d’une cavité cylindrique, creusée dans le sol, au pied d’un mamelon, d’une terrasse, et quelquefois à nu, lorsque la terre est assez consistante. On construit dans la partie inférieure du four une voûte en pierres sèches, avec de gros fragments de pierres à chaux, en laissant le plus possible d’interstices entre les pierres qui la forment, pour donner passage à la flamme, et on ménage dans le bas une ouverture contiguë à celle du four placé sur le côté du mamelon : c’est par là que l’on entretient le feu. Cette voûte est chargée des mêmes pierres à chaux, mais grossièrement concassées. On place les plus gros morceaux les premiers, et l’on complète la charge avec les plus menus. Lorsque toute la capacité est remplie de cette manière, on allume un feu de bourrées d’épines ou de tout autre menu bois, sous la voûte. Le feu est soutenu jusqu’à ce que les parties supérieures soient échauffées au rouge vif, ce qui arrive après 48, 60 et même 72 h. de calcination. Alors on laisse refroidir la masse pendant une durée de 24 à 36 h., puis on retire la chaux pour recommencer une autre fournée sans attendre que les parois du four soient refroidies. Les cendres et les résidus charbonneux provenant des menus bois qui ont servi à la cuite peuvent être retirés pêle-mêle pour être employés avec la chaux lorsque celle-ci est destinée uniquement à l’amendement des terres.

L’emploi de la chaux au chaulage des terres ne convient que dans les terres fortes argileuses, plus ou moins pauvres en calcaire. Il ne faut employer la chaux dans les terres siliceuses qu’au tant que celles-ci sont mêlées à une suffisante quantité d’argile. En général, les terres légères auxquelles le calcaire fait défaut se trouvent mieux du marnage avec la marne grasse ou argileuse que du chaulage proprement dit ; la chaux porterait à l’excès le défaut qu’elles ont d’être brûlantes en été. Il n’y a d’exception que pour les terres siliceuses qui sont défrichées après avoir été longtemps couvertes de bruyères ou de bois ; ces terres, quoique très légères, ont absolument besoin d’être chaulées pour perdre leur acidité. Il faut, avant de procéder au chaulage, égoutter et assainir parfaitement le sol, soit par de simples fossés d’égouttement, soit par le drainage. Sans cet assainissement préalable, toutes les dépenses faites pour amender les terres par le chaulage seraient en pure perte. Ce n’est que dans la jachère (Voy. ce mot) qu’il faut pratiquer le chaulage. Après un premier labour donné au printemps et suivi de hersages, on transporte la chaux sur le terrain, et on l’y dépose par tas d’un demi-hectolitre. 100 hectolitres par hectare sont une quantité moyenne, convenable pour une terre forte. Dans ce cas, on espace les tas à 7 mètres en tous sens. Dans une terre argilo-sableuse, où 50 hectolitres suffisent, les tas peuvent n’être que de 25 litres environ. On peut porter le chaulage jusqu’à 200 hectol. en terre forte, comme, dans le cas contraire, on peut descendre au-dessous de 50 hectolitres. Quelque soit la quantité employée, des ouvriers armés de pelles couvrent immédiatement chaque dépôt de chaux d’une quantité double ou triple de terre prise autour du dépôt, de manière à en former une sorte de cône qui est ensuite battu à la pelle, afin que la pluie coule à la surface. Sous cet abri, la chaux se délite, et au bout de trois semaines, elle est réduite en une sorte de farine. Les ouvriers reviennent alors avec leurs pelles et brassent chacun de ces tas de manière à ce que la chaux soit intimement mêlée à la terre qui les recouvrait : les tas sont après cela répandus sur toute la surface du champ que l’on herse ensuite énergiquement. Enfin des labours successivement approfondis achèvent de mêler la chaux avec le sol. À la suite d’un chaulage ainsi exécuté, on peut se contenter de donner à la terre une demi-fumure ; à l’automne suivant, on sème le blé. Un chaulage de 100 hectolitres à l’hectare peut faire sentir son effet utile pendant 10 ans dans une terre argileuse. Un chaulage à plus haute dose est naturellement d’un effet plus prolongé.

Partout où les circonstances locales le permettent, la meilleure manière d’appliquer le chaulage aux terres trop pauvres en élément calcaire, c’est de stratifier la chaux par lits alternatifs, soit avec des gazons, soit avec de la tourbe, pour en faire un compost qu’on remanie plusieurs fois à la bêche avant de le répandre sur le terrain. Le froment semé dans une terre qui vient d’être chaulée est ordinairement de très bonne qualité ; la paille en est ferme, le grain de nuance claire, le son peu épais, et la farine de ce grain est plus blanche que celle du froment de même espèce récolté sur des terres qui n’ont pas été chaulées.

2° La chaux vive peut encore être utilisée pour la conservation des grains : elle en absorbe l’humidité et empêche par conséquent qu’ils ne moisissent ou qu’ils ne germent. Au moment de s’en servir, on les débarrassera aisément, au moyen d’un crible ou d’un ventilateur, de la chaux dont ils pourraient être imprégnés. Le seul inconvénient qu’offre un blé ainsi conservé, c’est d’être extrêmement dur et sec, et par conséquent de se pulvériser sous les meules au lieu de s’aplatir ; or, comme cet aplatissement est nécessaire pour la facile séparation du son d’avec les farines, on remédiera facilement à cet inconvénient en faisant gonfler préalablement le grain par l’addition d’une certaine quantité d’eau avant de le soumettre à l’action des meules.

La chaux vive pulvérisée semée autour des semis en écarte les limaces, les fourmis et autres insectes. On y mêle avec avantage un peu de sel. — Mêlée au chlore (chlorure de chaux), la chaux liquide est un désinfectant qu’on peut employer pour assainir les étables, les bergeries, les écuries : on s’en sert aussi pour blanchir les murs.

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