Fraisiers

(Horticulture). Les fraisiers se multiplient par les coulants ou filets qui partent du collet de leurs racines ; les espèces qui ne produisent pas de coulants se propagent par la division des touffes. Quelques espèces doivent être de temps en temps renouvelées par la voie des semis, pour se maintenir avec toutes les qualités qui les font rechercher. On sème aussi fréquemment la graine des fraises obtenues par le croisement hybride, dans l’espoir de conquérir des variétés nouvelles. — On plante le fraisier en septembre et octobre, quelquefois un peu plus tôt, jamais plus tard, en quinconce, à des distances variables en proportion du développement plus ou moins considérable que les touffes doivent acquérir. Le sol doit avoir été profondément labouré, et amendé avec du terreau de vieilles couches rompues. Avant de planter les fraisiers, il faut d’abord prendre les mesures nécessaires pour préserver leurs racines des atteintes de leur principal ennemi, le ver blanc ou turc, larve du hanneton, qui en est excessivement avide. Le procédé le plus économique et le plus sûr consiste à défoncer le terrain à une profondeur de fer de bêche, à garnir le fond de la fosse de 0m,20 à 0m,25 de feuilles sèches de châtaignier, après avoir enlevé toute la terre qu’on replace par-dessus les feuilles, et dans laquelle les fraisiers sont plantés. Les vers blancs ne peuvent entamer la couche de feuilles de châtaignier pour arriver aux racines des fraisiers. On ne recourt du reste à ce moyen que dans les jardins notoirement infestés de vers blancs. La terre plantée en fraisiers devant être fréquemment arrosée, il est bon de la garnir d’un bon paillis, pour empêcher sa surface de se durcir par le choc réitéré de l’eau versée en grosse pluie par la gerbe de l’arrosoir. En été, le fraisier veut être arrosé abondamment, non seulement pendant la sécheresse, mais aussi aux approches des nuées d’orage dont l’eau nuit sensiblement aux fraisiers, quand la terre n’est pas largement mouillée d’avance par les arrosages. On doit s’abstenir de mettre en contact avec le fraisier, soit comme engrais, soit comme paillis, le fumier des vieilles couches épuisées qui ont servi à produire des champignons ; ce fumier fait prendre aux feuilles des fraisiers une couleur rouge, que suit immédiatement leur décadence, puis leur mort.

Les fraisiers sans filets, surtout l’espèce connue sous le nom de buisson de Gaillon, sont particulièrement propres à être plantés en bordure autour des carrés du potager (Voy. Bordures). Les fraisiers remontants, à filets, doivent en être débarrassés à mesure qu’ils se produisent, aux époques où ils portent fruit, excepté ceux dont on se propose d’utiliser les coulants pour la multiplication. Les fraisiers des espèces qui ne remontent pas n’ont besoin d’être délivrés de leurs coulants que pendant la période de leur végétation, qui précède et accompagne la production des fraises. La récolte faite, on laisse aller les fraisiers jusqu’à l’entrée de l’hiver ; les coulants sont alors tous enlevés, après qu’on en a extrait tout le jeune plant dont on peut avoir besoin.

Les fraisiers, dits Fraisiers communs, à fruit rond ou oblong, ont une saveur excellente et très relevée ; les meilleurs sont : le Fraisier des bois, non remontant ; le Fraisier des Alpes, dit des quatre saisons, essentiellement remontant ; le Fraisier de Montreuil, variété plus volumineuse que la précédente. Quoique le fraisier des bois ne remonte pas, on en cultive avec avantage, aux environs de Paris, une sous-variété d’un goût parfait, qui mûrit à l’air libre près de 15 jours avant les autres fraises les plus précoces. — Les Fraisiers étoilés, comme le Fraisier de Bargemont et les Fraisiers craquelins, ne sont pas très estimés. Il en est de même des Fraisiers caprons, à gros fruit peu coloré, et improprement nommés Ananas. Parmi les Fraisiers à fruit écarlate, les meilleurs sont : l’Écarlate de Virginie, l’Écarlate américaine, variété de la précédente, et le Fraisier Grimstone, à fruits gros, très sucré, ne mûrissant que fort tard. Aux Fraisiers ananas appartiennent les innombrables variétés de fraises dites Anglaises, non remontantes, qui ont complètement modifié la culture du fraisier en France et la vente des fraises dans les grandes villes. Les plus estimées dans cette section sont les fraisiers British-Queen, Keen’s Seedling, Deptford-pine et Duchesse de Trévise. Quelques-unes de ces fraises sont si volumineuses, qu’il faut quelquefois les couper en deux dans le sens de leur longueur pour les manger. Elles ne le cèdent en grosseur qu’aux Fraises du Chili.

Les fraisiers en pleine terre à l’air libre durent 3 ans, après quoi leur force productive est épuisée ; la seconde année étant toujours la plus avantageuse, beaucoup de jardiniers renouvellent leurs plantations de manière à avoir toujours des fraisiers de 2 ans, en plein rapport. — Pour la culture forcée, on prend en juillet le plant des coulants des fraisiers plantés au printemps dans ce but spécial ; on met en pots, de préférence, les pieds dont les racines encore blanches commencent seulement à se former ; on les tient à l’abri de l’humidité, dans une situation ombragée, jusqu’en décembre et janvier. Alors, on les rentre sous des châssis chauffés par le thermosiphon ou sur des tablettes fixées au mur du fond d’une serre aux ananas. Les fraisiers, ainsi traités, donnent des fraises mûres en février et mars.

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